2 novembre : Mayonnaise, avocats et lapis lazuli
Tu t'en doutes sûrement, cher lecteur, le sommeil n'a pas été facile. Techniquement, après l'arrivée de Christophe à 5h15, je n'ai pas vraiment réussi à me rendormir (je blâme pour la première fois ses ronflements, mais surtout le soleil qui m'a assailli le visage aux petites heures du matin - lire environ 1h30 après l'arrivée de Christophe). Le pire, c'est que j'avais amené avec moi mon loup (ce petit bandeau qui sert à cacher les yeux). Lorsque l'on se couche à 2h30 du matin, si ce n'est pas plus tard, ce n'est pas nécessairement la première à laquelle on pense! Bref, je finis par me dire qu'il faudrait bien que je me lève, tant qu'à me retourner sans cesse en haut du lit superposé que j'occupais. Le défi, c'est de passer par dessus Christophe: en effet, le lit du bas est dans une direction perpendiculaire au mien, et occupe toute la largeur de la pièce. Je me déplace tranquillement, et je réussis à l'enjamber prudemment. J'apprendrai plus tard qu'il s'en est rendu compte de toute façon - j'aurai essayé, cher lecteur.
Je remonte donc au rez-de-chaussée, qu'on pourrait aussi qualifier d'étage, tellement la structure de notre appartement est non conventionnelle. Premier réveillé? Plus ou moins, car j'ai vu un message de Tom dans notre Discord, qui s'inquiète pour Lauren, qui n'était pas rentrée hier soir avec Christophe. Il s'avère qu'elle a préféré aller dormir chez l'hôtel des Espagnols. Le problème, c'est que ce détail, personne ne l'a communiqué à Tom, qui me confie une fois monté qu'il s'est inquiété pendant une bonne partie de la nuit à se demander ce qui était arrivé à Lauren. Je te rassure tout de suite, cher lecteur: Lauren allait très bien. Je discute avec Tom de tout et de rien dans le salon, tout en écrivant mon blog. Éventuellement, Constance s'est levée, puis Christophe - l'ordre est important. Nous n'avons pas vraiment déjeuné, sinon des petits biscuits pomme-cannelle un peu secs, achetés la veille à l'épicerie de Casablanca, une ville proche du vignoble que nous avons visité. Le truc, c'est que lorsqu'on se lève tôt comme moi (je ne l'ai pas dit, mais je me suis réveillé autour de 8h30), on a faim beaucoup plus vite que les autres! Mais bon, il a fallu attendre midi pour que Lauren nous rejoigne et que les plans de la journée se précisent. Tom, de son côté, avait du travail à faire, et a profité de la matinée qui s'étirait pour répondre à des courriels, faire des virements, et planifier les événements qui arrivent en novembre (le processus de la compétition reprendra). On tue le temps (bon, l'expression semble péjorative, ce n'est pas le but) en "gossant" avec la guitare acoustique trouvée dans le salon, ainsi qu'en prenant des photos sur le balcon de l'appartement. T'ai-je dit que la vue est magnifique? Rendu là, on n'a pas grand effort à mettre pour que les photos soient magnifiques elles aussi!
On finit par quitter l'appartement vers 12h30, une fois la crème solaire appliquée pour certain, et les bagages faits pour les autres. Par bagage, j'entends serviettes et maillots de bain: tu le devines, cher lecteur, la plage est au menu du jour. Pas comme entrée, mais comme plat principal! Parlant de nourriture, nos estomacs n'ayant pas déjeuné commencent à se montrer impatients... On convient donc qu'on trouvera un endroit où manger en chemin.
Aujourd'hui, c'est la première journée où le Chili... vit? Chaque fois que nous sommes sortis précédemment, c'était soit pendant la nuit dans des rues désertes (allez savoir la raison - je vous laisse faire vos propres théories), soit pendant des jours fériés où la grande majorité des boutiques était fermée. C'est donc... normalement étrange de constater la mare de gens qui se trouvent dans la rue, après que nous ayons une fois de plus descendu notre petit escalier dans la ville-colline. Escalier qui, d'ailleurs, est beaucoup plus invitant de jour que de soir, je dois le mentionner. Directement en bas, on tourne à droite et on découvre un petit commerce vendant des "completos", des hot-dogs version chilienne remplis de purée d'avocat et de tomates. Si on se fie sur l'image présente sur la porte du commerce, cher lecteur, on pourrait penser qu'il s'agit de tout ce que contient le hot-dog en question! La suite dans un instant. On commande donc 5 completos, et le paiement rencontre un petit problème: il n'y a plus de papier dans la machine transactionnelle! J'essaie donc de l'expliquer au vendeur en espagnol - ça fonctionne. On paye, puis on reçoit des monstres couverts de mayonnaise. Littéralement, de la belle image d'hot-dog à l'avocat que nous avions vu sur la porte, il ne restait que le pain. L'analogie avec un hot-dog trempé dans un sceau rempli exclusivement de mayonnaise ne serait ici pas surfaite, cher lecteur. J'essaie tant bien que mal d'enlever la substance blanche avec ma "napkin", et je réussis à peu près. Il faut aussi mentionner la consistance particulière de la mayonnaise chilienne, difficile à décrire avec des mots. Bref, une expérience vécue, mais peut-être pas à refaire. Ou alors, définitivement, avec moins de mayonnaise...
On poursuit notre route après avoir diné, et se multiplient sur notre chemin nombre de maisons survolant les collines de la ville, au point de se demander à nouveau comment toutes ces constructions font pour tenir et, surtout, comment elles résisteraient aux tremblements de terre, qui sont relativement courants au Chili. On fait aussi un petit détour par un centre commercial, où j'achète des boucles d'oreilles en lapis lazuli. Voilà qui complète l'étrangeté du titre de la journée! J'ai planifié faire percer une (ou deux) de mes oreilles prochainement, et je crois qu'il n'y a pas meilleure idée que des boucles d'oreilles en lapis lazuli chilien! Nos pas nous mènent ensuite vers un genre de port où se promènent crieurs publics (les gens dérangeant qui veulent absolument qu'on achète leurs trucs) et où se situent plusieurs boutiques de souvenir, chez lesquels Tom, Constance et Lauren passent un bon moment pour ramener accessoires, cartes postales et crayons à leurs proches respectifs. On prend ensuite la direction de la plage, sans manquer de prendre quelques photos des autobus particuliers de Valparaiso, qu'on pourrait qualifier de mini autobus de voyage trop remplis et à l'odeur de diesel très peu filtré. Mais! Ils sont charmants, et colorés. Tom aura suggéré à un certain point de la journée de les emprunter - j'ai rapidement insisté qu'on l'évite. La vitesse à laquelle les chauffeurs conduisent était vraiment inquiétante...
C'est après une longue marche le long du port commercial de Valparaiso, et après avoir traversé tempêtes de poussières (j'ai appris que c'était un concept), qu'on arrive finalement à une petite plage sans prétentions, proche juste à côté du port. On ne se prononcera pas sur la qualité de l'eau, et on essaie de ne pas trop y penser non plus. En l'absence de cabine pour se changer, on invente un stratagème (clairement, on est les premiers au monde à y penser) à l'aide duquel une personne A tient une serviette autour de la personne B, qui se change sous cette serviette. Magie, ça prenait clairement des ingénieurs pour y arriver, cher lecteur. Au moins, on parvient à se retrouver en maillot, Constance, Christophe, Lauren et moi. La plage a cela de particulier que les roches qu'on y retrouve sont en fait des morceaux de bâtiment qui ont été arrondis par l'eau au fil des années - c'est du moins ma théorie. Évidemment, la vue de l'océan est toujours aussi impressionnante. On décide de se tremper les pieds - c'est très froid. Bon, on n'est pas tout à fait en Norvège, mais quand même! Je remarque un gros crabe dont il ne reste que la coquille, à la dérive. Constance est apeurée, et ça donne lieu à un gloussement de ma part, fasciné que je suis par la taille du crabe. Après une longue séance de mise de crème solaire par Christophe (personne n'a vraiment compris pourquoi il décidait de se mettre dite crème 30 secondes avant de se mouiller), on s'élance dans l'océan et on prend quelques photos. Éventuellement, le bassin puis les épaules se trempent, le froid nous prend, mais on reste dans l'eau (du moins, Christophe et moi) pendant un bon petit moment avant d'en ressortir. Première mondiale: c'est Christophe qui veut sortir en premier! Le froid, visiblement, ce n'est pas que dans la tête...
On finira par y retourner après avoir pris un petit bain de soleil, histoire de prendre la photo maintenant traditionnelle si on se base sur notre expérience norvégienne. Christophe prend pas mal de temps à se faire enseigner par Tom la meilleure manière de lancer des galets dans l'océan pour les faire rebondir, une activité qui visiblement hypnotise les garçons depuis toujours - je n'ai jamais compris, mais oui, c'est impressionnant quand sa fonctionne (des fois). On encourage Christophe a prendre une pause de superhéros avec sa cape - à toi de décider du succès de l'opération, cher lecteur.
On se rechange, puis on ressort de la plage pour retrouver Tom et Lauren, partis un peu plus tôt prendre une crème glacée proche de ce qui semble être une vieille base militaire. Le temps de plage étant terminé, l'envie d'un goûter se manifeste chez Tom, et on reprend le chemin des tempêtes de poussières à la recherche d'un petit café. Honnêtement, même avec des lunettes, la quantité de particules venues d'on-ne-sait-où est particulièrement dérangeante : je m'arrête à quelques reprises parce que j'ai quelque chose dans les yeux ou parce que je sens que tout cela colle à la sueur de mon visage. Je ne sais pas si je l'ai dit, mais il fait chaud, cher lecteur! On finit par retourner en ville et, après un détour de Tom pour échanger des bijoux, on se trouve un petit café touristique proche de marché dans une place central de Valparaiso. L'idée est d'avoir un petit avant-souper, et je me commande un breuvage glacé à la mangue accompagné d'une tarte au citron. Autour de la table, les commandes sont variées, mais tout le monde trouve son dessert bien bon, bien que Tom ait mentionné que son gateau Red Velvet n'était "tout de même pas l'Europe" en terme de qualité. La facture est plus salée que prévue, mais on s'y attend lorsqu'on entre dans un café visant clairement les touristes - je doute que plusieurs gens ici peuvent se permettre ces prix...
Maintenant, on ne perd pas de temps pour retourner au AirBnB. Les gens voulaient potentiellement se changer et relaxer un peu avant d'aller souper. Tom en profite pour regarder les restaurants qui ne sont pas trop loins. On finit par se décider sur un qui se situe à quelques minutes de marche, plus haut dans la côte qui mène à notre appartement. Vers 19h, on s'y dirige. Bon, on se trompe initialement: Tom regardait la carte à l'envers. On finit toutefois par s'y rendre. On s'attendait à quelque chose de gros, ou du moins de très rempli, compte tenu des excellents avis Google que nous avions consultés. Étonnament, le restaurant est complètement vide, et la cuisinière et serveuse attend dans son cadre de porte, comme pour inviter les curieux qui désireraient y manger. La décoration intérieure est simple, mais elle fait bien son travail. On découvre un menu aux prix très accessibles: je me commande des pâtes pomodoro avec morceaux de viande, vendues comme étant fraîches. Ça s'accompagne d'une soupe de légumes qui vient avec elle, puis je me commande pour la dernière fois une limonade menthe-gingembre, mon breuvage favori depuis que je suis au Chili. Bien que le restaurant n'ait pas de prétention, je dois dire que le repas est très bon! Quant à la soupe, elle était très liquide et manquait d'épices, sans être nécessairement mauvaise non plus - je l'ai assez aimée pour finir le bol de Constance, qui n'en était pas fan. Durant le souper, on parle de tout et de rien, Tom reluque les desserts dans la vitrine (le restaurant est aussi une chocolaterie artisanale - comme quoi tout est possible), et on finit par se faire un peu presser de quitter par la dame, qui ferme son restaurant à 21h. Bon, loin de nous l'idée de chialer, c'est une heure très raisonnable. On se commande rapidement quelques desserts (je te laisse deviner d'où nous les avons pris), puis on reprend le chemin du AirBnb, à quelques pas de là. Ce soir, c'est soirée jeux de société et vin. Nos hôtes nous ont offert une bouteille du cépage carmenère, autant en profiter et la déguster autour d'un bon jeu de société! Tom en profite pour nous introduire au fonctionnement du tourne-disque, histoire de profiter de l'impressionnante collection de vinyles à notre disposition. J'ai redécouvert que plusieurs grands classiques manquent apparemment à ma culture, cher lecteur. Il faut dire que je n'accorde que peu d'intérêt aux chansons des années 70, 80 et 90. Notre soirée de jeu a combiné Dixit, ainsi que quelques jeux de cartes, notamment "élimination", "golf", "pige dans le lac" et un jeu dont le nom m'échappe, présenté par Lauren, où tu dois littéralement taper le paquet le carte lorsque des cartes pareilles se superposent - un peu violent pour un gars comme moi qui avait bien aimé le vin! Je profite aussi de la soirée pour montrer à mes compagnons de voyage quelques mouvements de danse signature de mon invention - ceux qui savent sauront.
On doit quitter le AirBnb demain, cher lecteur, pour cette journée qui sera la dernière en sol chilien. On a donc discuté un peu de nos plans, sans vraiment s'entendre sur quelque chose de concret. Ni une ni deux, je me retrouve dans mon lit, heureux de pouvoir me coucher plus tôt aujourd'hui qu'hier, ou devrais-je dire, que ce matin...
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