27 octobre : Vols après vol après vol après vol
Faisons la liste des positifs et des négatifs du vol vers Santiago, cher lecteur. L'approche sandwich sera ici utilisée, pour la seule raison valable que je trouve son nom amusant. Premier point positif, le fait que personne n'ait réservé le siège du milieu entre Constance et moi. Ça m'a permis d'avoir plus d'espace pour mes jambes, mais cela a surtout permis à Constance de dormir, elle qui rentrait, couchée dans une position difficile à décrire, sur les deux sièges. Maintenant, le point négatif est que le souper a été servi très tard, d'autant que notre coin d'avion a été le dernier servi. Ce n'est pas la fin du monde, cher lecteur, mais si tu te souviens mon aventure d'hier, tu sais que le Big Mac n'a jamais été commandé, et que j'avais donc très très faim! Autre point négatif, c'est qu'ils ont distribué des écouteurs gratuits lors du vol, alors que je venais de jouer à cherche-et-trouve dans l'aéroport de Dallas pour réussir à en trouver des bien trop chers. Finalement, il faut dire que je n'ai pas beaucoup dormi, une genre de somnolence entrecoupée de moi qui se fait accrocher dans l'allée dès que quelqu'un va aux toilettes, ou encore de la dame devant moi qui descend son siège dans mon front.
«Où est la fin du sandwich? La dernière chose positive?!» t'entends-je dire à pleins poumons. J'allais presque l'oublier - un docteur a apparemment laissé sa veste sur mon siège, donc j'ai éventuellement informé l'agent de bord, et ils ont retrouvé ledit docteur quelques sièges en arrière, très heureux qu'il était de revoir sa belle veste brodée de son nom. Eh oui, ça aurait pu appartenir à un voyageur qui venait de quitter le vol précédent...
Maintenant que nous avons posé la dernière tranche, cher lecteur, passons au magnifique lever de soleil qui s'est offert à nous, avec les montagnes chiliennes en arrière-plan, alors que nous arrivions à l'aéroport de Santiago. Le débarquement se fait sans délai, mais la file aux douanes dure une bonne demi-heure. Toutefois, la douanière chilienne est bien plus relaxe que la douane américaine, donc je passe très rapidement vers le scan de mon bagage personnel, puis vers le carrousel de récupération de nos bagages enregistrées. On accompagne toujours Malcolm, Dan et Lauren, et on attend une bonne vingtaine de minute pour constater que... nos bagages ne sont pas là. Et ils ne sortent pas.
Après quelques couches d'anxiété supplémentaires, je finis par faire un eye contact (loi 101: verrouillage de regard?) avec un gentilhomme responsable des bagages, et j'ai une mini conversation en espagnol avec lui pour en comprendre que nos bagages ayant été identifiés prioritaires à l'embarquement (tu sais, l'étiquette orange fluo-surligneur?), ils sont livrés dans une zone séparée et surveillée. Quel bonheur! On retrouve donc nos bagages avec joie, bonheur (au risque de me répéter) et prospérité.
Cher lecteur, nous avions vu sur internet les recommandations du gouvernement du Canada qui recommende d'exercer une grande prudence au Chili, compte tenu des vols, vols de portefeuille, bref tous les vols sauf ceux qui concernent les avions (see what I did there 👀). Nous avions aussi vu les multiples avertissements dans l'enceinte restreinte de l'aéroport. Prêts nous n'étions pas pour l'avalanche de chauffeurs de taxis beaucoup trop sympathiques qui nous ont assaillis dès notre sortie de la zone sécurisée. J'ai dû utiliser mon espagnol conversationnel pour gentiment refuser les avances (oui, on peut les appeler comme ça) des chauffeurs de taxis qui auraient tant aimés être mes amis.
Prêts nous n'étions pas non plus pour apprendre que l'entraîneur de l'équipe USA s'était fait voler son ordinateur proche de l'aéroport, à peine quelques minutes en sol chilien. Nous ne le savions pas à ce moment-là, mais ça allait donner le ton au reste de la journée.
Après une attente d'une trentaine de minutes, Tom, celui qui nous encadre, arrive avec sa bande pour nous guider vers le transport qu'il avait, heureusement, réservé en avance. Après quelques péripéties qui impliquent un ascenseur et quelques escaliers roulants, on trouve Louis, notre conducteur, qui nous amène, en conduisant presque sans fautes, à notre hôtel. Par presque sans fautes, je veux dire qu'il répondait à ses messages sur son téléphone alors qu'il conduisait...
Cela étant dit, on rejoint le reste de la bande pour enregistrer nos bagages et signer des papiers en lien avec nos chambres. Le temps s'écoule, on discute avec certains participants que nous n'avions pas revus depuis la compétition nationale, puis on finit par aller déjeuner au restaurant de l'hôtel - impossible d'accéder à nos chambres si tôt, il est 10h30. Le déjeuner est intéressant, pas mauvais, avec ses mini pochettes de viande et ses viandes froides. Pour les fruits, ne voulant pas avoir la chiasse pour le reste de la semaine, je ne prends pas de chance. On finit par réussir à s'asseoir en trouvant une configuration intéressante dans le salon à déjeuner, pour se faire dire après coup qu'il sera gratuit. Bon, ça fait bien notre affaire, car ce déjeuner était à nos frais...
On prend la direction du centre-ville après avoir mangé, malgré la fatigue qui se fait déjà sentir. Notre petite marche nous fait traverser un quartier qui, selon notre encadreur Tom, est un des plus sécuritaires et riches de l'Amérique du Sud, ou du moins, du Chili. Malgré ça, de notre perspective de Nord-Américains, ça semblait surtout particulièrement barricadé et vide. Le côté vide s'explique toutefois par l'aspect "dimanche et jour national d'élections municipales", ce qui en un sens fait un peu notre bonheur, car j'ose croire que moins de gens dans les rues est équivalent à moins de voleurs de portefeuille dans les rues... Les experts en sophismes qui me lisent prendront le temps d'analyser tout ça. J'en profite pour traîner sur mon épaule une nouvelle amie coccinelle, le temps de quelques pas 🐞.
On arrive au métro, pour réaliser que les cartes de crédit sont bien moins acceptées qu'on le pensait. Résultat? Tom nous paye des cartes d'autobus (à un prix avouons-le plutôt dérisoire) pour nous permettre de voyager jusqu'à la Plaza de Armas, un centre intéressant de cette immense ville qu'est Santiago. Une dame de la sécurité nous regarde passer les tourniquets un à la fois sans broncher, alors que Tom scanne plusieurs fois la même carte. Tu te souviens que c'est jour d'élections, cher lecteur? On finit par se faire dire par une autre employée que tout ce manège était inutile: les transports en commun sont gratuits aujourd'hui. Bon, il nous restera donc une trentaine de passages à rentabiliser dans les prochains jours...
Le voyage en métro se déroule bien, sans personnage suspect autour de nous, avec comme événement marquant Tom qui achète des bouteilles d'eau à un vendeur ambulant se promenant de wagon en wagon. Pas mon premier réflexe, mais lui n'en est pas à son premier voyage, et il fait bien ce qu'il veut. À un certain point, il faut s'intégrer à la culture locale, je suppose.
S'ensuit une séance d'exploration des environs de la Plaza de Armas. On marche dans une rue qui se densifie de plus en plus alors que les vendeurs itinérants se multiplient, probablement parce qu'ils ont déjà pris le temps de voter et que les affaires doivent continuer de tourner. Par "affaires", je veux dire littéralement tout et n'importe quoi, comme des vieux claviers d'ordinateur, des vieilles poêles toutes usées, des lunettes de soleil ou encore des peluches importées en vrac de chez Alibaba, le tout pour des prix relativement dérisoires pour les touristes canadiens que nous sommes. Les tentes de vendeurs se multiplient après que nous ayons essayé un breuvage apparemment typiquement chilien, un genre de thé super sucré avec une pêche et des morceaux de blé ou d'un grain quelconque en quantité monstre à l'intérieur. À essayer? Oui, pour 1000 pesos, ou 1,50$, bien sûr. À refaire? Disons qu'après un certain moment, manger les petits grains dans le fond devient éreintant. D'autres mentions dignes d'intérêt incluent une église, ou du moins ce qu'il y avait devant, puis le magnifique réseau électrique chilien, que mon image expliquera mieux que moi.
On passe dans un marché fermé, où tous les serveurs nous accrochent pour nous inciter fortement à s'asseoir dans leur restaurant. On les ignore tant bien que mal, mais c'est difficile de faire le touriste quand ton attention est constamment sollicité par des gens dérangeant. Éventuellement, je finis par me dire que je vais donner une chance à celui qui me dit qu'il vient de Montréal et qui se met à me parler an français. Lauren et Christophe sont un peu pris par ma décision, mais restent là à écouter mon nouveau meilleur ami qui nous parle de comment la sécurité au Chili s'est dégradée dans les dernières années, et de combien il est important de ne pas faire confiance aux inconnus ou de se promener avec son téléphone dans les mains, au risque que des gens passent à côté de toi pour le subtiliser. Rassurant! Ils nous demande de le suivre dans son arrière boutique pour nous montrer quelque chose, laissant entendre qu' il nous amène dehors pour voir un téléphérique sur une montagne. Voyant clairement la porte de sortie et sachant que nous sommes 3, je décide de le suivre, malgré le regard incertain de Christophe et de Lauren. Bon. Clairement pas ma décision la plus intelligente en rétrospective, mais nous avons été chanceux, le monsieur était réellement de bonne volonté, et nous a expliqué comment nous rendre au pied de la montagne depuis laquelle on pourra prendre un funiculaire pour observer la ville. On se serre la main, et on dit au revoir à notre ami d'un jour pour rejoindre le groupe. Au revoir, Mercado Central!
La route vers la montagne est un peu longue, je regrette de n'avoir pas amené de souliers de marche plus appropriés. Toutefois, quelques belles maisons et paysages se présentent à nous en chemin, le temps passe plus vite. Et puis, on se conforte dans un sentiment de sécurité grandissant à mesure que se vident les rues. L'heure du funiculaire approche, et après avoir acheté nos billets via une dame ambulante qui se promenait avec un terminal de paiement, on s'élance pour l'embarquement tous ensemble. À 16 personnes, c'est vrai qu'on remplit une bonne partie du wagon de funiculaire. Que dire de la vue, cher lecteur. Le manque d'étendue d'eau est la seule chose qui empêche Santiago de rivaliser avec des beaux paysages norvégiens. Cela dit, le contraste entre la ville développée et les imposantes montagnes aux sommets enneigés est très impressionnant. On s'arrête pour prendre des photos sur un genre de belvédère qui fait pâlir celui du Mont-Royal, tout en mangeant une crème glacée gentiment payée par Tom. À nouveau, mon espagnol latent revient aider à la compréhension générale des parties impliquées.
On reprend la route vers le téléphérique, qui nous amène en bas de la montagne après un autre arrêt photo et limonade à mi-chemin. On pensait initialement que le téléphérique nous transportait plus haut, donc bon, petite déception ici pour nos personnes fatiguées. Le retour à l'hôtel se fait en Über: la journée a été longue et la distance qui nous sépare de l'hôtel est relativement loin à la marche. Plusieurs personnes ici semblent avoir des voitures avec énormément de sièges, donc les Über XL sont particulièrement populaires.
Une longue file nous attend à l'hôtel histoire de bien pousser notre patience avant d'atteindre la douche et le lit dont on rêve maintenant depuis longtemps. Notre chambre d'hôtel s'avère assez grande, et on profite de notre heure et demie de pause pour se doucher et bien mourir dans nos lits respectifs. On se rend au lobby de l'hôtel pour connaître le plan de la soirée, mais certains coéquipiers s'étant endormis, on attend une bonne demi-heure avant de prendre la direction d'un restaurant recommandé par l'hôtel, Teclados, toujours dans notre quartier réputé sécuritaire. Aujourd'hui étant un congé national, car un des seuls restaurants ouverts. Deux choses: de une, on a commencé a recevoir la nourriture après 3 heures d'attente, car deux autres équipes (Océanie et Asie) ont cru bon d'aller y souper aussi, alors que les pauvres serveuses n'étaient que deux pour gérer 45 personnes soudainement arrivées d'un coup; de deux, on a pris le temps du souper pour parler de stratégie et pour tentativement assigner les gens à certaines catégories. De mon côté, en ordre de priorité, mon focus sera sur les défis mobile, infonuagique et web. Je profite du souper pour faire de plus amples connaissances avec Andrew, Emily, Malcolm, Dan, Lauren et Josh, qui m'entourent. Aussi, je pratique mon espagnol en commandant, et pour tenter de clarifier certaines confusions avec la serveuse, qui parle anglais de manière limitée.
Et puis... Ce qui devait arriver arriva, je suppose. Le capitaine de notre équipe s'est subtilement fait voler son sac à dos, contenant son passeport et son ordinateur de compétition, pendant le souper. C'est la seule conclusion à laquelle on peut arriver, car à la fin du souper, le sac était disparu, volatilisé, sans qu'aucune des 16 personnes présentes à la table ne se soit rendu compte de quoi que ce soit.
Deux vols d'objets après trois vols d'avion, dans le fond... Ça promet.
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