30 octobre : Une réservation? Quelle réservation?
C'est un peu ingrat de chialer alors qu'on se trouve dans un voyage payé par quelqu'un d'autre qui nous permet de vivre une expérience unique et de découvrir le monde. Je le sais. Garde cela en tête, cher lecteur, alors que tu amorces ta lecture de la journée la plus riche en péripéties jusqu'à maintenant. Je te rassure d'office, personne n'est mort et personne ne s'est fait voler quoi que ce soit (du moins, que je sache).
Il semblerait que nous vivons dans ce monde. Eh oui! Après 15 minutes, on revire tous de bord, en bon québécois. On reprendre le chemin des autobus, dans la stupéfaction la plus totale. On nous le confirme: la personne responsable n'a pas pensé à faire la réservation. Les communications sont peu claires, il est maintenant 22h30, et on se demande s'il ne serait pas préférable de retourner dormir à l'hôtel et d'oublier le concept de nourriture pour ce soir...
La journée d'aujourd'hui consiste en la deuxième partie de la compétition, où on ne doit plus seulement résoudre des défis d'informatique, mais aussi protéger nos systèmes contre les attaques lancées par les équipes adverses, et attaquer ces équipes à notre tour. Dire que c'est plus réaliste ne serait pas tout à fait vrai. Dire que la compétition aura été plus dure, ce n'est pas tout à fait vrai non plus. Dire que la stratégie, l'organisation et la communication sont reines, ça, c'est assez approprié. On ne pourra en dire autant pour le déroulement de la journée. Un peu de préfiguration n'aura jamais fait de mal à personne, cher lecteur.
Le réveil à 6h45 a fait mal, considérant qu'on ne s'était pas couchés particulièrement tôt la veille... Déjeuner rapide suivi d'une routine de matin pressée : les autobus partaient du hall de l'hôtel à 7h30 aujourd'hui. Programme prévu : 8h à l'université, début de la compétition à 9h. Eh bien, il fallait s'y attendre, les choses se passent rarement comme prévues. Apparemment, les autobus se sont retrouvés pris derrière un accident, c'est donc seulement vers 8h30 que nous partons finalement vers l'université Andres Bello, avec une bonne heure de retard - et quand je dis «on», j'exclus la moitié des gens, pour qui le deuxième autobus n'est jamais arrivé: c'est notre autobus qui est retourné à l'hôtel chercher le deuxième groupe... Certains ont joué à une version italienne du jeu CodeNames, sans connaître un seul mot d'italien. C'est un concept.
Au final, au lieu d'arriver à l'hôtel vers 8h, l'équipe complète était finalement réunie vers 10h. Christophe faisait malheureusement partie de ce deuxième groupe, mais ça m'a donné l'occasion de socialiser avec les autres canadiens, entre autre en faisant du karaoké sur Take On Me, chanson populaire que tu dois sûrement connaître, cher lecteur. On en profite aussi pour se montrer nos campus universitaires avec Google Earth, parce que pourquoi pas. Une première annonce est faite pour nous dire que la compétition commencera à 10h30. Finalement, c'est 10h45. Et la fin est repoussée à 19h30. Garde en tête, cher lecteur, qu'une cérémonie de fermeture et un souper avec toutes les équipes sont prévus en soirée; ce sera important pour la suite. La compétition s'amorce donc, assez tranquillement, car on a chacun nos rôles et on doit attendre que Jacob et Matthew téléversent les services à défendre sur notre Github. Je ne m'étendrai pas sur le technique à nouveau, mais quelques minutes ont été nécessaires pour qu'on puisse commencer à analyser ce qu'on devait défendre. Relativement rapidement, on trouve des vulnérabilités intéressantes. Je travaille sur deux des 4 services disponibles, et je contribue à identifier des requêtes comme étant légitimes, ainsi qu'à vérifier une vulnérabilité. Cela dit, un peu après le milieu de la compétition, les organisateurs décident de retirer un service de la compétition, décision très rare car une équipe avait déjà fait des points avec ce dernier. Les raisons sont un peu trop techniques pour ce blog, mais ça a causé pas mal de frustration, cher lecteur. Je venais de perdre un service sur lequel j'avais travaillé la moitié de ma matinée, et certaines personnes dans l'équipe ont perdu toute leur matinée dessus. Le truc, c'est que les services restants n'étaient pas vraiment à ma portée, et plusieurs personnes y travaillaient déjà depuis plusieurs heures. Ainsi, moi et quelques autres ont été plus ou moins utiles à partir de ce moment - on a malgré tout pu jouer le rôle de canard en plastique (si tu n'es pas certain d'avoir bien lu, je t'invite à faire une recherche Google) envers les autres membres de l'équipe. D'un rang initialement où nous étions derniers, on remonte à la 5e place sur 7 équipes, ce qui n'est pas si mal - le but était vraiment de ne pas arriver derniers, et certains problèmes d'infrastructure nous ayant ralentis en début de journée, nous étions assez satisfaits de notre position, je crois. Du moins, c'était mon cas. Il faut dire que l'énergie était très difficile à maintenir dans les dernières heures, et ce, pour tout le monde, considérant qu'on s'est tous réveillés très tôt (pour rappel, les bus étaient censés nous prendre à 7h30). Dans tous les cas, la compétition finit par finir, et on nous demande de tout nettoyer et mettre de l'ordre avant de nous diriger vers la cérémonie de fermeture, maintenant prévue pour 20h30. On nous annonce du même coup que le souper sera à 22h30.
Cher lecteur, le papi que je suis dors normalement à 22h30. Pour une fois, il semble que je ne sois pas le seul qui soit complètement découragé par le fait de manger si tard (excluons potentiellement les Européens). Au moins, le dîner d'aujourd'hui était un peu plus substantiel, car les pizzas (oui, c'est vraiment un thème) étaient de retour, cette fois sans les tranches de fromage étrange. On jase un peu avec les autres équipes en attendant la cérémonie, notamment avec un Australien dont le nom m'échappe. Son accent a été un peu long à déchiffrer pour mon cerveau, je dois l'avouer, mais j'ai fini par comprendre un bon 85%, ce qui disons-le, est bien suffisant pour communiquer.
On se retrouve éventuellement dans un amphithéâtre pour la cérémonie de clôture, qui a des allures intéressantes, considérant le projecteur qui cesse de fonctionner et la distribution in extremis de barres granolas accompagnées de ce qu'on pourrait qualifier de mini Yop, car les organisateurs avaient pitié de nous faire attendre jusqu'à 22h30 pour le souper. Je me déplace pour m'asseoir à côté de Matthew, qui avait été laissé seul dans la première rangée proche de la scène.
Ces événements passés, la cérémonie se déroule de manière assez traditionnelle avec l'annonce des gagnants, quelques messages très courts des sponsors (à ce point-ci, on veut surtout manger), l'équipe Européenne rafle tous les prix, et quelques photos sont prises de toutes les équipes. L'équipe d'Océanie donne à chaque autre équipe quelques bonbons, histoire de respecter le thème de l'Halloween qui arrive, fête très très fêtée au Chili.
Pressés de manger, les organisateurs nous encouragent à quitter rapidement vers les autobus : il est maintenant 21h35. Je suis au devant de tout le monde, et je me fais rapidement intercepter par la sécurité, qui me demande ce que je fais en espagnol. Je réponds en espagnol que je me dirige vers les autobus, pour me faire dire que non, on doit attendre les autobus ici. Bon. Je communique l'information aux autres équipes, et on se met à... attendre. Et attendre. Et manger des Timtams offerts par les Australiens (très bon!). Puis, attendre. Tu le devines, cher lecteur, les autobus ne sont pas là. Les gens commencent à s'impatienter - n'y-a-t'il rien d'organisé dans cette journée?
Une bonne demi-heure plus tard, les bus apparaissent, et nous y montons, heureux de savoir qu'un restaurant respectable nous attend à 22h30 pour la fin de la soirée. Les organisateurs ont choisi un restaurant nommé Nueva Cantina, qui reprend le style et le concept de la Cantina dans les films de Star Wars. Malgré la fatigue intense, la perspective d'un bon repas, qui sera pour une fois en compagnie des autres équipes, est réjouissante. Une bonne centaine de personne, ça fera certainement beaucoup de monde, alors on blague dans l'autobus sur le fait que les organisateurs auront oublié de réserver le restaurant : ce serait bien la goutte qui ferait déborder le vase...
On débarque de l'autobus vers un centre visiblement très fréquenté et d'apparence soignée : 115 personnes se retrouvent en file devant le restaurant Nueva Cantina, visiblement complètement bondé. Et on se met à... attendre. Et attendre. Et se demander dans quel monde parallèle on vit, à se demander si ce serait vraiment possible que personne n'ait pensé à réserver un restaurant pour plus d'une centaine de personne. À voir l'expression apeurée de la fille à la réception...
Il semblerait que nous vivons dans ce monde. Eh oui! Après 15 minutes, on revire tous de bord, en bon québécois. On reprendre le chemin des autobus, dans la stupéfaction la plus totale. On nous le confirme: la personne responsable n'a pas pensé à faire la réservation. Les communications sont peu claires, il est maintenant 22h30, et on se demande s'il ne serait pas préférable de retourner dormir à l'hôtel et d'oublier le concept de nourriture pour ce soir...
Arrivés à l'hôtel, vers 22h45, notre encadreur, Tom, rassemble l'équipe canadienne pour dire que l'organisation ne tiendra finalement pas de souper, et que l'équipe canadienne et lui-même devront trouver un restaurant ouvert disponible à nous accueillir les 17, à 23h du soir, un mercredi. On finit par s'entendre sur un restaurant à distance de marche, mais il faut d'abord retourner nos sacs dans nos chambres - ils contiennent après tout nos ordinateurs, et on sait ce qui arrive avec les ordinateurs amenés dans les endroits publics au Chili: ils disparaissent.
Comme si le nombre de tuiles s'étant abattues sur nos têtes n'était pas suffisant, nos cartes de chambre ne fonctionnent pas. Ni la mienne, ni celle de Christophe. Ça commence à faire beaucoup en une journée pour ma capacité d'adaptation, cher lecteur. Ne cédant pas à la panique, j'utilise mon adrénaline nouvellement produite par cette énième frustration afin de déblatérer à la réception de l'hôtel, dans un espagnol surprenamment convaincant, que nos dos tarjetas no funcionan ademas, y necessitamos nuevas tarjetas rapidamente, parce que je commence à être raisonnablement done (loi 101: écœuré) avec ma journée. Au moins, les nouvelles cartes obtenues fonctionnent, on parvient à déposer nos sacs dans notre chambre, puis à rejoindre la bande dans un restaurant italien. Il faut croire que la fatigue et l'adrénaline continuent de contribuer à la réactivation de la langue espagnole dans mon cerveau, car j'agis essentiellement comme traducteur pendant toute la durée du souper, la serveuse ne parlant presque pas en anglais. Je ne le cache pas, bien que ç'ait été loin d'être parfait, je suis plutôt fier d'avoir sorti un espagnol fonctionnel. 23h23, j'ai finalement un breuvage sous la main : une délicieuse limonade à la menthe et au gingembre, plus que bienvenue. Quelque 20 minutes plus tard, je déguste avec une rare passion mon assiette de spaghettis à la bolognaise. Honnêtement, merci le ciel de nous avoir permis de manger ce soir, ou plutôt ce matin: je quitte le restaurant minuit passé, avec Dmitriy, Christophe et Josh. Certains sortiront prendre un verre au centre-ville jusqu'à 3 heures du matin. Pour ma part, j'en ai eu assez pour aujourd'hui, et s'ajoutent au tas l'aspect fatigue et l'aspect sécurité la nuit au Chili. Tu en comprendras, cher lecteur, que je me suis joyeusement couché dès que je l'ai pu. Au moins, demain, on pourra dormir! La compétition est terminée, ce sera l'occasion de visiter Santiago pendant quelques heures de plus, si les étoiles s'alignent...
Commentaires
Publier un commentaire